Citation du jour: « L’ homme et la nature ne font qu’un. La proteger c’est preserver l’avenir de l’homme « .

La COP30 et ses enjeux spécifiques pour l’Afrique subsaharienne

En novembre 2025, la ville de Belém, au Brésil, accueillera la 30ᵉ Conférence des Parties (COP30) à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Ce sommet, qui s’annonce crucial pour l’avenir de la gouvernance climatique mondiale, représente pour l’Afrique subsaharienne une occasion décisive, mais aussi un moment de vérité sur la justice climatique.

  1. Un continent en première ligne face au dérèglement climatique

L’Afrique se réchauffe 1,5 fois plus vite que la moyenne mondiale. Cette accélération exacerbe :

  • Les sécheresses prolongées et la dégradation des sols, compromettant la sécurité alimentaire.
  • Les inondations récurrentes qui détruisent infrastructures et habitations.
  • La fragilisation des moyens de subsistance, surtout pour les communautés dépendantes de l’agriculture pluviale.

Pour le Groupe africain des négociateurs, la COP30 doit consacrer la mise en œuvre de l’Objectif global d’adaptation (GGA), avec un plan clair pour tripler les financements d’ici 2030, sous forme de subventions et non de prêts, afin d’éviter un piège de surendettement.

  1. Le nerf de la guerre : le financement climatique

Le déficit entre promesses et besoins est abyssal :

  • Promesses actuelles : environ 300 milliards USD par an à horizon 2035.
  • Besoins réels : près de 1 200 milliards USD par an pour les pays en développement, selon les estimations de l’Union africaine.

Les pays africains réclament :

  • Une réforme des institutions financières internationales pour que les financements soient alignés sur les priorités de résilience et de développement durable.
  • Des mécanismes de financement directs, accessibles sans lourdeurs bureaucratiques.
  • L’abandon des approches centrées sur les prêts à taux élevés, inadaptés à des économies déjà sous pression.
    1. Des obstacles logistiques et politiques qui menacent la voix africaine

    Si Belém se veut le symbole d’une COP proche des réalités des forêts tropicales et des peuples autochtones, son éloignement géographique et le coût élevé de la logistique risquent de limiter la participation de nombreuses délégations africaines.

    Sur le plan géopolitique, la COP30 se déroulera dans un climat de coopération internationale affaiblie, avec un retrait relatif des États-Unis et des tensions entre pays industrialisés et émergents. Pour l’Afrique, la solidarité Sud-Sud, notamment avec le Brésil, pourrait être un levier pour défendre des positions communes sur l’adaptation, la biodiversité et la finance.

    1. Dimension sociale et égalité de genre : une urgence à ancrer

    En Afrique subsaharienne, les femmes sont en première ligne face aux impacts climatiques :

    • Elles assument l’essentiel de la production vivrière.
    • Elles parcourent de plus longues distances pour l’eau et le bois.
    • Elles subissent davantage les pertes économiques lors des crises climatiques.

    Le Groupe africain de négociateurs demande que les plans d’action climatiques soient sensibles au genre, avec des indicateurs clairs, un financement dédié et une participation réelle des femmes dans les prises de décision.

    1. Les contradictions environnementales de l’hôte de la COP30

    Une polémique a éclaté autour de la construction d’une autoroute traversant une zone protégée de l’Amazonie pour faciliter l’accès à Belém. Ce projet illustre la tension entre ambitions climatiques affichées et choix de développement contestables, et rappelle que la crédibilité d’un sommet dépend aussi de sa cohérence locale.

    1. Ce que l’Afrique doit obtenir à Belém

    Pour maximiser son impact à la COP30, l’Afrique subsaharienne devrait :

    • Parler d’une seule voix, avec des positions consolidées entre pays membres de l’Union africaine.
    • Mettre l’accent sur l’adaptation et la résilience, plutôt que sur des objectifs d’atténuation souvent hors de portée compte tenu de ses faibles émissions historiques.
    • Revendiquer un fonds d’adaptation alimenté par des contributions obligatoires des pays riches, non remboursables.
    • Défendre des solutions climatiques locales, comme l’agroécologie, les énergies renouvelables décentralisées et la restauration des écosystèmes.

    La COP30 pourrait être un tournant pour l’Afrique subsaharienne, à condition que les négociateurs parviennent à transformer les discours en engagements contraignants, en sécurisant des financements réellement adaptés à ses réalités économiques et sociales. Belém doit devenir le sommet où l’Afrique impose non seulement sa voix, mais aussi son agenda climatique, fondé sur la justice, l’équité et la résilience.

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