Citation du jour: « L’ homme et la nature ne font qu’un. La proteger c’est preserver l’avenir de l’homme « .

Budget 2026 de l’environnement au Burkina Faso : un signal fort, mais encore un pari à transformer

À travers le budget 2026, le Burkina Faso traduit progressivement ses engagements environnementaux en actes financiers, en renforçant les ressources allouées au ministère en charge de l’environnement. Pour l’exercice 2026, le Burkina Faso envoie un signal intéressant : le Ministère de l’Environnement, de l’Eau et de l’Assainissement (MEE/A) devrait bénéficier de plus de 50 milliards FCFA, soit 1,76 % du budget alloué au secteur rural, avec une hausse d’environ 10 % par rapport à 2025. Sur le papier, c’est une progression. Sur le terrain, tout reste à prouver.

Dans un contexte marqué par la pression sécuritaire, les urgences sociales et les contraintes macroéconomiques, augmenter le budget environnemental n’est pas anodin. Cela traduit une reconnaissance implicite d’une réalité désormais incontournable : la dégradation environnementale est un facteur de vulnérabilité systémique, au même titre que l’insécurité alimentaire ou énergétique.

Les 161,75 milliards FCFA dédiés au développement rural montrent que l’environnement reste encore un “petit poste” en proportion. Mais la dynamique est là. Et en matière de politiques publiques, la dynamique compte parfois autant que le niveau absolu.

Économie circulaire et transition écologique : on passe d’une logique linéaire (extraire–consommer–jeter) à une approche de valorisation des déchets, de sobriété des ressources et d’innovation locale.

Biodiversité et aires protégées : enjeu critique dans un pays où la pression anthropique, l’orpaillage et l’expansion agricole grignotent les écosystèmes.

Lutte contre la pollution : air, eau, sols… des externalités longtemps tolérées deviennent enfin des sujets budgétaires.

Renforcement des évaluations environnementales : un point technique, mais stratégique. Sans études d’impact robustes, tout projet devient un risque différé.

Action climatique et résilience : adaptation, gestion des catastrophes, protection des moyens de subsistance.

Financements verts et technologies propres : ouverture vers des mécanismes innovants, au-delà du financement public classique.

Le vrai sujet, comme toujours, n’est pas le quoi, mais le comment.

Première limite : la dispersion des crédits. Avec un budget encore modeste, multiplier les axes peut diluer l’impact. Le risque est clair : financer un peu tout, sans transformer profondément quoi que ce soit.

Deuxième défi : la capacité d’absorption. Les projets climatiques structurants exigent ingénierie, données fiables, suivi-évaluation rigoureux. Sans renforcement institutionnel et technique, même 50 milliards peuvent s’évaporer en résultats tièdes.

Troisième point sensible : l’articulation avec les collectivités territoriales. L’environnement se gère localement. Si les communes et régions ne sont pas pleinement intégrées dans l’exécution, le budget restera centralisé… et déconnecté.

Enfin, il y a la question qui fâche : la traçabilité et l’impact réel des dépenses environnementales. Le citoyen ne jugera pas les montants votés, mais les forêts protégées, l’eau potable disponible, l’air respirable et les emplois verts créés.

Le budget 2026 peut être un tournant, à trois conditions.

Premièrement, passer d’une logique de dépenses à une logique d’investissements environnementaux productifs : restauration des terres, valorisation des déchets, solutions fondées sur la nature. Ce sont des actifs, pas des charges.

Deuxièmement, utiliser ce budget comme levier pour capter des financements climatiques internationaux. Chaque franc national bien positionné peut en attirer cinq ou dix à l’international, à condition de crédibilité et de transparence.

Troisièmement, intégrer l’environnement comme socle transversal des politiques agricoles, minières, énergétiques et urbaines. Tant qu’il restera un “secteur à part”, son poids budgétaire restera plafonné.

En conclusion, Oui, plus de 50 milliards FCFA, c’est un progrès. Oui, +10 %, c’est un message politique. Mais l’environnement ne se sauve pas à coups de lignes budgétaires. Il se protège par des choix clairs, une exécution rigoureuse et une vision de long terme.

Le budget 2026 donne une opportunité. Reste à savoir si le Burkina Faso saura la transformer en résilience durable, ou s’il s’agira d’un énième exercice bien intentionné. L’histoire environnementale récente montre une chose : la nature, elle, ne vote pas les budgets… elle en subit les conséquences.

marketing-service

marketing-service

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x