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Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) au Burkina Faso : entre base réglementaire, pratiques concrètes et actions environnementales visibles

La RSE, entendue comme la contribution volontaire — et parfois encadrée — des entreprises aux enjeux du développement durable, s’appuie sur des textes nationaux et internationaux. En plus de la norme ISO 26000, qui en balise les sept grands axes (gouvernance, droits humains, environnement, développement local, loyauté, conditions de travail, consommation), le Burkina Faso s’est doté d’un arsenal juridique pertinent.

Ainsi, la loi n°008-2014/AN portant loi d’orientation sur le développement durable stipule que le secteur privé doit respecter les trois piliers du développement durable (équité sociale, viabilité environnementale, efficacité économique) par le biais de la RSE. Elle impose également la production de rapports périodiques de durabilité, obligation souvent ignorée ou mal comprise.

Plus spécifiquement, l’arrêté n°2018-007/MEEVCC/CAB du 11 janvier 2018 attribue explicitement la promotion de la RSE aux services déconcentrés du Ministère en charge de l’environnement. Le Service Régional de la Préservation de l’Environnement (SRPE), relevant des directions régionales, est chargé de vulgariser, conseiller, accompagner et stimuler l’intégration de la RSE dans les pratiques des entreprises locales.

Malgré ces bases solides, la réalité de la RSE dans les entreprises burkinabè reste contrastée. Selon le Réseau burkinabè des experts en RSE (RBE-RSE), peu d’entreprises sont réellement engagées dans une démarche structurée. Et celles qui s’y essaient ont encore du mal à couvrir l’ensemble des thématiques ou à systématiser leurs actions dans des rapports transparents.

Les freins sont multiples : manque de sensibilisation, absence de mécanismes incitatifs ou contraignants, insuffisance de moyens techniques des structures déconcentrées, confusion entre mécénat, philanthropie et véritable démarche RSE intégrée à la stratégie de l’entreprise.

Cependant, chaque hivernage voit fleurir une série d’initiatives de reboisement portées par des entreprises locales et multinationales : dons de plants, organisation de journées écologiques, appuis aux collectivités territoriales pour reverdir les zones dégradées, etc. Si ces actions sont souvent perçues comme symboliques, elles témoignent d’une prise de conscience environnementale croissante et peuvent constituer une porte d’entrée vers une RSE plus large et plus cohérente.

Le reboisement devient ainsi un marqueur tangible de l’implication des entreprises dans la durabilité, même si, dans bien des cas, la traçabilité, le suivi et la durabilité des plants mis en terre posent question.

Le SRPE, en tant qu’acteur public régional, doit jouer un rôle de facilitateur, de veilleur et d’animateur territorial de la RSE. Cela implique :

-L’organisation de sessions de sensibilisation auprès des entreprises locales ;

-La conception de guides pratiques de mise en œuvre de la RSE adaptés aux réalités du tissu économique local ;

-La collecte et la valorisation des initiatives RSE dans des bases de données régionales ;

-L’émission d’avis ou de recommandations lors des études d’impact environnemental ou audits environnementaux ;

-La mise en réseau des entreprises engagées pour favoriser l’émulation et les partenariats.

Toutefois, ces missions nécessitent des moyens humains, logistiques et financiers conséquents, ainsi qu’un cadre d’intervention plus opérationnel et incitatif, notamment en lien avec les inspections environnementales, les autorisations ou la commande publique.

L’enjeu majeur aujourd’hui est de territorialiser la RSE : que chaque région, à travers ses acteurs publics et privés, identifie ses priorités de durabilité (ex. : lutte contre l’érosion, gestion des déchets, énergies renouvelables, inclusion sociale) et mobilise les entreprises dans cette direction. Il s’agit également de clarifier les outils de suivi, de reconnaissance et de valorisation des bonnes pratiques RSE.

Car promouvoir la RSE, ce n’est pas seulement inciter à planter des arbres ou faire des dons ponctuels. C’est inviter chaque entreprise à inscrire l’éthique, l’environnement, la société et la gouvernance au cœur de sa stratégie. Et pour cela, les structures déconcentrées doivent devenir de véritables chefs d’orchestre du dialogue public-privé pour la durabilité.

Dans le contexte du Burkina Faso, la RSE est une opportunité stratégique pour les entreprises, mais aussi un chantier de gouvernance environnementale à consolider. Entre textes fondateurs, pratiques émergentes et attentes sociétales, elle peut devenir un levier puissant de résilience et d’innovation, à condition d’être mieux comprise, soutenue et coordonnée à tous les niveaux.

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