La reforestation au Sahel se trouve aujourd’hui à un tournant stratégique. Malgré des efforts importants, souvent visibles à travers de vastes campagnes de plantation d’arbres, les résultats restent insuffisants pour enrayer durablement la dégradation des écosystèmes. Il devient donc urgent de repenser en profondeur les approches actuelles et d’opérer un véritable changement de paradigme.
Le modèle dominant, centré sur la plantation massive, atteint rapidement ses limites. Il privilégie l’action immédiate et les résultats quantitatifs, sans toujours garantir la survie des arbres ni leur intégration dans les dynamiques écologiques locales. Dans un environnement sahélien marqué par la sécheresse, la fragilité des sols et la pression anthropique, cette approche produit souvent des effets éphémères. Planter ne suffit plus : il faut faire vivre.
Le nouveau paradigme doit replacer la restauration des paysages au cœur des stratégies. Il ne s’agit plus uniquement d’augmenter le couvert végétal, mais de reconstruire des écosystèmes fonctionnels, capables de fournir durablement des services environnementaux et socioéconomiques. Cela implique de favoriser la régénération naturelle assistée, de développer l’agroforesterie, de restaurer les sols dégradés et de protéger les ressources en eau.
Ce changement exige également une transformation des modes de gouvernance. Les communautés locales doivent être reconnues comme les principaux acteurs de la gestion des ressources naturelles. Leur implication effective, soutenue par des droits fonciers sécurisés et des incitations économiques, est une condition essentielle de réussite.
Par ailleurs, les indicateurs de performance doivent évoluer. Le nombre d’arbres plantés ne peut plus être l’unique référence. Il doit être complété, voire remplacé, par des indicateurs de survie, de résilience écologique et de restauration effective des paysages.
Enfin, ce changement de paradigme suppose une vision à long terme, soutenue par des politiques publiques cohérentes et des financements durables. La reforestation doit être pensée comme un investissement dans la stabilité climatique, la sécurité alimentaire et le développement rural.
Au Sahel, l’avenir ne dépendra pas de la quantité d’arbres plantés, mais de notre capacité collective à restaurer des paysages vivants, résilients et productifs.
Emmanuel DIAGBOUGA



