La voie de contournement de Ouagadougou a, ces dernières années, vu ses bandes de servitude transformées en véritable laboratoire de reboisement. Citoyens engagés, associations environnementales, entreprises et institutions publiques se sont mobilisés pour planter des milliers d’arbres le long du tracé.
Cet effort collectif, salué par les Burkinabè, en particulier les Ouagalais et les populations des communes riveraines, portait une ambition forte : créer un écran végétal durable, restaurer la biodiversité locale et contribuer à faire de la capitale une ville plus verte et plus résiliente face à l’urbanisation galopante et aux rigueurs du climat sahélien.
De part et d’autre de la chaussée, l’image de la voie de contournement de Ouagadougou plus verte semblait progressivement prendre forme. Mais, à l’épreuve du temps, l’enthousiasme des campagnes de plantation laisse place à un constat beaucoup plus nuancé.
Planter est un acte. Entretenir est un engagement.
Une observation du tracé dans certaines parties révèle une situation préoccupante. Des kilomètres de grilles de protection sont toujours en place, témoins des efforts consentis lors des campagnes de reboisement. Pourtant, derrière certaines d’entre elles, il ne reste parfois que du vide, des herbes spontanées ou des plants desséchés.
À certains endroits, les herbes ont littéralement étouffé les jeunes plants. Ailleurs, l’absence d’arrosage, de désherbage, de remplacement des plants morts ou de protection efficace contre les agressions a considérablement réduit les chances de survie des arbres.
Le constat est simple : l’investissement dans la plantation ne produit pas automatiquement un résultat écologique durable. On pourrait résumer la situation par une formule volontairement provocatrice : planter représente peut-être 10% du travail ; les 90% restants résident dans l’entretien, le suivi, l’arrosage, la protection et le regarnissage.
Un arbre planté n’est pas encore un arbre établi.






Ne laissons pas mourir l’investissement collectif.
Chaque plant qui disparaît représente non seulement une perte écologique, mais également une perte de temps, de ressources financières et d’énergie humaine. Derrière chaque arbre se trouvent une personne qui l’a planté, une organisation qui s’est mobilisée, des ressources qui ont été engagées et, surtout, l’espoir de contribuer à un environnement urbain plus sain.
Il serait donc dommage que les campagnes de reboisement se limitent à des cérémonies de plantation et à des photographies de circonstance.
La véritable réussite d’un reboisement ne se mesure pas au nombre de plants mis en terre, mais au taux de survie des plants après plusieurs années.
Nous lançons donc un appel aux associations, collectifs citoyens, institutions publiques, entreprises, organisations environnementales et à tous les initiateurs des campagnes de reboisement à retourner sur le terrain.
Il est encore possible de sauver une partie des plantations existantes.
Des journées de suivi peuvent être organisées pour :
• désherber autour des plants survivants ;
• assurer l’arrosage des jeunes arbres lorsque cela est nécessaire ;
• renforcer les dispositifs de protection ;
• remplacer les plants morts par des espèces adaptées ;
• identifier les causes de mortalité ;
• assurer un suivi périodique du taux de survie ;
• responsabiliser les acteurs autour des sites plantés.
Le regarnissage doit également être envisagé là où les pertes sont importantes, avec une attention particulière portée au choix des espèces, à leur adaptation aux conditions écologiques locales et à la disponibilité réelle de l’eau.
Faisons de la voie de contournement une vitrine verte
La voie de contournement ne doit pas devenir le cimetière de bonnes intentions écologiques.
Elle peut, au contraire, devenir un véritable corridor écologique et paysager contribuant à améliorer le cadre de vie, à réduire les effets de la chaleur urbaine et périurbaine, à renforcer la biodiversité et à construire une image plus résiliente de Ouagadougou.
Pour cela, il faut changer de paradigme : passer de la logique de plantation à une véritable logique de gestion et de suivi des plantations.
Le défi n’est plus seulement de planter davantage.
Le défi est désormais de faire vivre ce qui a déjà été planté.
Alors, retournons sur le terrain. Sauvons les plants qui peuvent l’être. Regarnissons les espaces dégradés. Assurons un suivi régulier.
Car un arbre planté aujourd’hui n’est véritablement une réussite que lorsqu’il devient demain un arbre vivant, suffisamment développé pour remplir durablement sa fonction écologique.
La voie de contournement mérite mieux qu’un alignement de grilles et de plants oubliés. Elle mérite de devenir la vitrine verte de Ouagadougou.
Lazare DOULCOM



